De Volare à Guapparìa, près de soixante-dix ans séparent deux chansons qui permettent pourtant d’interroger un même sujet : la manière dont la musique italienne fait dialoguer langue, tradition et identité. D’un côté, Domenico Modugno, figure majeure de la chanson italienne du XXe siècle, dont Nel blu dipinto di blu, plus connue sous le titre Volare , connaît dès 1958 un succès international exceptionnel. De l’autre, La Niña, artiste napolitaine de la scène contemporaine, qui fait du napolitain et de l’héritage musical de sa région des éléments essentiels de son univers artistique.
Avec Domenico Modugno, Volare marque un moment important dans l’histoire de la chanson italienne. Présentée au Festival de Sanremo en 1958, la chanson s’impose rapidement en Italie et à l’étranger et devient l’un des grands symboles de la musique populaire italienne. Son interprétation très expressive, son écriture imagée et son célèbre refrain contribuent à faire de Modugno une figure incontournable de la chanson italienne.
Plus récemment, La Niña s’inscrit dans une nouvelle génération d’artistes qui réinvestissent la langue et les traditions musicales napolitaines. Dans « Guapparìa », elle explore notamment un imaginaire profondément lié à Naples et à son histoire, tout en le faisant entrer dans un univers musical contemporain. Le choix du napolitain pose alors la question de la place des langues régionales dans la création musicale actuelle et de leur capacité à exprimer des réalités contemporaines.
À travers ces deux artistes et ces deux chansons, la conférence s’intéressera ainsi à l’évolution des codes d’expression de la chanson italienne. Comment la chanson participe-t-elle à la construction d’une identité culturelle ? Quelle place la langue occupe-t-elle dans cette construction ? Et comment la tradition peut-elle être réinterprétée par les artistes contemporains ?
La comparaison entre Volare et Guapparìa permettra de mettre en lumière les transformations de la chanson italienne, mais aussi certaines continuités entre différentes générations d’artistes. De la diffusion internationale de la chanson de Modugno au retour contemporain du napolitain dans la musique populaire, ces deux œuvres offrent un point de départ pour réfléchir aux rapports entre tradition et modernité, langue nationale et langues régionales, mémoire et création.
Eleonora Persichella est diplômée de l’Université La Sapienza de Rome et de l’Université Roma Tre en philosophie, et enseigne l’italien au sein de l’association de Jumelage La Chapelle-Saint-Mesmin–Cavriglia ainsi qu’aux collèges Louis Pasteur et Montabuzard. Elle est l’auteure d’un mémoire de master sur le pouvoir du corps dansant, avec une étude du tarentisme, phénomène social et musical du Sud de l’Italie. Elle a également étudié le chant pendant dix ans en Italie, une passion qui nourrit son goût pour la musique et la culture italiennes.

