Giuditta Pasta est une immense chanteuse lyrique du XIXe siècle, particulièrement intéressante dans la mesure où elle rencontra un succès extraordinaire mais suscita aussi de violentes critiques, en tant qu’artiste très controversée. La cantatrice possédait en effet un timbre rauque, sourd et voilé, un organe apparemment rebelle aux exigences de l’art lyrique.
En revanche, le talent théâtral de la Pasta fut une révélation pour ses contemporains, sa capacité unique à vivre ses personnages et à s’imprégner de leurs sentiments ne cessant jamais d’étonner le public. Aucune autre chanteuse n’a fait une impression aussi significative sur Stendhal, Talma ou Bellini, qui créera pour elle les rôles d’Amina, de Beatrice et surtout de Norma.
C’est la nouvelle passion qu’éprouvent les Parisiens pour la voix, dans les années 1820-1830, qui justifie aussi l’intérêt de cette étude, la carrière de Giuditta Pasta nous permettant d’essayer de comprendre l’histoire d’un phénomène essentiel et passionnant du XIXe siècle : la naissance des premières divas. Elle faisait partie des artistes qui eurent une résonance immense en Europe, en dépassant le statut d’interprète.
Par l’ampleur de son œuvre, et l’impact qu’elle eut sur sa génération, elle représente un phénomène culturel essentiel de son époque. Quel est le processus qui a conduit Giuditta Pasta à devenir une grande diva internationale ? Comment a-t-elle construit sa carrière, comment devient-on une artiste lyrique à la renommée immense, extrêmement riche et considérée dans la première moitié du XIXe siècle ?
Il semble indéniable que l’artiste ait su tirer parti avec une intelligence particulière d’un certain contexte historique et musical en s’inscrivant dans un triple système esthétique, économique et médiatique qui lui a permis de construire son œuvre et de devenir « la Pasta ». Dans une perspective d’histoire culturelle, cette recherche tente de saisir la carrière internationale qu’a pu avoir Giuditta Pasta, à une époque charnière de mutations essentielles sur le plan théâtral et musical mais aussi économique et historique.
Catherine Menciassi-Authier est diplômée de l’Ecole du Louvre, docteur en histoire du XIXe siècle, et professeur à l’EAC, à l’ICART et à l’Ecole de Condé ainsi qu’à l’Université de Versailles. Elle est l’auteur d’un livre sur les courtisanes au XIXe siècle « Femmes d’exception, femmes d’influence » publié en 2015 chez Armand Colin.

