Dans les premières pages de son ouvrage, Boccace nous livre un témoignage exceptionnel, d’une extrême précision et d’un terrifiant réalisme, de ce qui fut l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire de l’humanité, causant la mort d’une bonne moitié de la population européenne et du monde musulman. Mais, au fait, s’agissait-il vraiment de la « peste » ? Et pourquoi « noire » ? Si les conséquences démographiques immédiates furent effroyables au milieu du XIV e s, paradoxalement, à plus long terme, sur le plan économique, social, religieux et culturel, la vie des survivants sera meilleure que celle de leurs prédécesseurs ! « La peste a marqué la fin d’un temps médiéval et pourrait très bien avoir été le printemps de la Renaissance » (Etienne Anheim).
Par : Maurice Martin, professeur d’histoire honoraire, conférencier de l’Université inter-âges Camille Corot de Mantes la jolie.
Lisez le texte de Maurice Martin, suite à sa conférence du 13 décembre :
En complément voir le livre de Patrick Boucheron : PESTE NOIRE
Sont-ce des anges qui chutent du ciel ? Ou des hommes qui s’effondrent, dansant les désastres du passé ? En s’approchant, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un tableau ancien, mais bien d’une image récente de notre condition humaine. Car nous sommes toutes et tous des survivants de la peste noire qui, en cinq ans seulement, de 1347 à 1352, emporta plus de la moitié de la population européenne. La peste est la plus grande catastrophe démographique de l’histoire de l’humanité. C’est à la fois un événement monstre et un événement de longue durée, qui laisse ses empreintes dans les textes et les images, mais aussi dans les archives du vivant et dans celles de la Terre. Ce livre propose de les recueillir pour éprouver la capacité des pouvoirs et des sociétés à faire face à la mort de masse. Avec Peste noire, on parcourt une histoire-monde ouverte aux apports de l’archéologie, de la génétique et des sciences de l’environnement, débordant le récit traditionnel d’un Moyen Âge qui ne tient plus en place. Dans la tourmente épidémique, le temps se défait et se charge de nos hantises contemporaines. C’est toute l’histoire qui entre dans la danse, avec ses exigences et ses espérances. Car cette danse n’est pas macabre. Elle se place aux côtés des endeuillés pour y célébrer une poésie du savoir qui sait que le contraire de la mort n’est pas la vie, mais la vérité.


